
Intelligence artificielle. Souveraineté. Deux termes omniprésents dans les discours politiques, économiques et médiatiques. Deux mots parfois galvaudés, souvent utilisés comme des buzz words, mais qui, lorsqu’ils sont associés, révèlent une réalité beaucoup plus profonde : un enjeu stratégique majeur pour les États, les entreprises et les citoyens.
Toutefois, avant de nous intéresser à la relation particulière existant entre l’intelligence artificielle et la souveraineté, encore faut-il bien comprendre le concept de souveraineté. Cela tombe bien, c’est tout l’objet de cet article !
Historiquement, la souveraineté désigne le pouvoir suprême d’un État sur son territoire et sa population, sans dépendance vis-à-vis d’une autorité extérieure. C’est-à-dire la capacité à décider librement de ses lois, de ses politiques, de ses alliances et de son avenir.
Mais à l’ère de la mondialisation, du numérique et désormais de l’IA, cette définition classique montre ses limites. La souveraineté ne se joue plus uniquement sur les frontières physiques, mais aussi, et surtout, sur des espaces immatériels : données, infrastructures numériques, logiciel, réseaux...
Aujourd’hui, la souveraineté s’étend donc à la maîtrise des technologies clés. En effet, une souveraineté défaillante sur ces dernières, c’est accepter une dépendance stratégique. Et dans le monde de l’IA, cette dépendance peut être rapide, invisible, durable avec des conséquences réelles.
Comme nous venons de le voir, il y a encore quelques années, le concept de souveraineté faisait surtout écho aux dimensions politique et économique. Or, avec la conjoncture actuelle, la souveraineté est devenue multidimensionnelle, et chaque dimension de cette dernière a des répercussions directes sur les autres dimensions de la souveraineté.
Pour mieux saisir le concept de souveraineté, voici les différentes dimensions qui la constituent :
Face à ce panorama, il est plus aisé de comprendre pourquoi l’IA soulève tant de questions touchant à la souveraineté. En effet, l’intelligence artificielle se situe au croisement de toutes ces dimensions. Elle repose sur des données, des modèles, des infrastructures lourdes, des compétences rares, et son développement comme son utilisation ont des impacts économiques et politiques significatifs.
La souveraineté est souvent pensée uniquement à l’échelle d’un État. Or, à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, elle s’exerce à plusieurs niveaux complémentaires.
À l’échelle des alliances et des continents, comme l’Union européenne, la souveraineté devient collective. Face aux géants technologiques américains et chinois, l’alignement des différents pays membres, la mutualisation des ressources, des infrastructures et des standards est indispensable pour peser dans la compétition mondiale.
À l’échelle des États, la souveraineté reste un pilier central : protection des données sensibles, contrôle des infrastructures critiques, capacité à encadrer les usages de l’IA et à préserver l’autonomie stratégique dans les secteurs clés.
À l’échelle des entreprises, la souveraineté est avant tout une question de dépendance. Maîtriser ses technologies, ses données et ses fournisseurs conditionne directement la compétitivité, la résilience et la liberté de décision.
À l’échelle des individus, enfin, la souveraineté se traduit par le contrôle des données personnelles, la transparence des décisions automatisées et la protection des libertés face aux systèmes algorithmiques.
Ces différents niveaux sont interdépendants. Une souveraineté affaiblie à un échelon fragilise l’ensemble du système. Et c’est précisément ce qui rend l’intelligence artificielle si stratégique : parce qu’elle mobilise simultanément des données, des infrastructures, des modèles et des acteurs globaux, l’IA devient le point de convergence, et de tension, de toutes les formes de souveraineté.
À l’ère de l’intelligence artificielle, la souveraineté ne se limite donc plus aux seules frontières des États : elle se joue tout autant dans la maîtrise des données, des technologies et des infrastructures numériques. Or, pour appréhender les enjeux de souveraineté liés à l’IA, il est d’abord nécessaire de bien comprendre le concept de souveraineté et toutes ses subtilités. C’était là tout l’objet de cet article. Maintenant que les fondations sont bien posées, nous nous intéresserons aux multiples relations entre l’intelligence artificielle et la souveraineté, avant d’aborder les bonnes pratiques pour construire et préserver sa souveraineté en IA dans nos prochains articles.